Le coût social d’un demandeur d’emploi surpasse de 33% son revenu de référence

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Le salaire moyen de référence d’un demandeur d’emploi est évalué à 1 311 € net par mois

Une situation statistique au 31 mars 2013 publiée par Pôle emploi nous informe que les demandeurs d’emploi indemnisés au titre de l’Assurance chômage et de la formation percevaient, avant de perdre leur emploi, un salaire brut moyen de 1 979 €, soit environ 1 544 € net par mois 1. Mais la majorité des demandeurs d’emploi, 56 % des inscrits à Pôle emploi, ne sont pas indemnisés par l’Assurance chômage : leur salaire de référence – ou complément de salaire – en équivalent temps plein, équivaut au SMIC : 1 129 € net en 2014. Nous pouvons en déduire par une simple règle de proportionnalité que le salaire de référence d’un demandeur d’emploi, toutes catégories confondues, correspond à un revenu moyen de 1 311 € net par mois.

Si nous extrapolons ce revenu net annuel de 15 732 € pour évaluer le besoin de financement des 5 millions d’emplois qu’il faudrait créer et maintenir chaque année, il en coûterait à la collectivité nationale 78,7 milliards d’euros (Md€) par an, mais sans déduire les profits budgétaires engendrés. En effet, outre la quasi-suppression de toutes les dépenses sociales en faveur de l’emploi et du marché du travail que cela produirait, il y aurait également des recettes supplémentaires en impôts sur le revenu, en CSG, en TVA et autres taxes sur la consommation qui rentreraient dans les caisses de l’État.

La première question qui doit nous venir à l’esprit est : combien dépense-t-on collectivement pour venir en aide aux 5 millions de demandeurs d’emploi que compte notre pays ?

Les dépenses sociales en faveur d’un demandeur d’emploi excédent 1750 € par mois

Il est hallucinant de constater que ce budget de 78,7 Md€, qui permettrait le retour à l’emploi de 5 millions d’actifs, est bien inférieur à toutes les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail, estimées à 85,4 Md€ en 2011 par le ministère du Travail. Selon la Dares 2, les dépenses d’indemnisation au titre du chômage en constituent plus de la moitié (60 %), loin devant les aides à l’emploi – principalement les contrats aidés – (14 %), la formation professionnelle des demandeurs d’emploi (15 %) et les moyens consacrés au service public de l’emploi (11 %). Mais les coûts collectifs sont bien plus importants encore, si l’on y intègre les autres dépenses publiques occasionnées par la perte de revenus du travail : notamment le RSA et la CMU qui, au bas mot, représentent quelque 20 Md€ supplémentaires.

La somme cumulée de toutes les dépenses effectives en faveur des demandeurs d’emploi est supérieure à 105 Md€, soit un coût social mensuel de 1 750 € par personne. Sans compter les coûts induits par la délinquance, la criminalité, la mortalité par suicide et, plus généralement, la dégradation insidieuse de l’état de santé des personnes privées d’emploi. Bien que l’évaluation financière de ces causes soit difficile à chiffrer, on ne peut les ignorer.

Les véritables coûts économiques du chômage

Cependant, la véritable gabegie du chômage est imperceptible. C’est ce que l’on appelle les coûts économiques du chômage, c’est-à-dire toutes les pertes de revenus qui ne sont pas créés du fait des biens et services qui ne sont pas produits. Ces marchandises non produites et ces services non offerts représentent les véritables coûts économiques du chômage. Si tous les individus sans emploi et aptes au travail étaient intégrés à la production économique française, notre fameux PIB serait bien plus élevé, grâce à la richesse additionnelle générée par l’emploi de ces ressources humaines aujourd’hui non utilisées.

En conclusion, financer à 100 % les revenus du travail de 5 millions de demandeurs d’emploi coûterait moins cher à l’État que toutes les dépenses en faveur de l’emploi. Mieux encore, cela rapporterait beaucoup plus à notre économie et à notre collectivité nationale, si l’on tenait compte de tous les coûts induits du chômage.

Soyons réalistes, créons une société du plein-emploi durable

L’abolition du chômage résume parfaitement l’idée que tout citoyen, apte au travail, a le droit et le devoir d’occuper un emploi rémunéré et, au besoin, le droit et le devoir de se former pour pouvoir y prétendre. Ce principe érigé en droit absolu rendrait immédiatement caducs tous les revenus d’inactivité, à l’exception des indemnisations en cas de maladie et d’invalidité. Avec une refondation de notre protection sociale, il serait alors possible de financer l’emploi et la formation des chômeurs en entreprise, dans le cadre d’un dispositif vertueux qui ferait de l’emploi, précisément qualifié, un des principaux facteurs de compétitivité des entreprises françaises. C’est ce programme de réformes ingénieux et visionnaire pour le 21e siècle que je vous propose de mettre en place sans plus attendre, et j’ajouterai : sans idéologie, démagogie ni angélisme.

Documents :

Pôle emploi – Salaire et taux d’indemnisation au 31 mars 2013

Dares – 2014-018 – Les dépenses en faveur de l’emploi et du marché du travail en 2011

Notes:

  1. Le taux moyen des cotisations salariales est estimé à environ 22% du salaire brut.
  2. La Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) est une direction de l’administration publique centrale, qui dépend du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé.

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